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La question se pose car, la compétence c'est d'abord savoir agir, en situation. En observant un ouvrier dans son atelier, un chercheur dans son laboratoire, on s'aperçoit qu'ils en savent beaucoup plus que ce qu'ils sont capables d'écrire. Les candidats à la VAE sont vite confrontés un écueil : l'expression orale et écrite du contenu et du niveau de leurs acquis ne va pas de soi.
Les compétences nécessaires pour dire et écrire ne sont pas les mêmes que celles mobilisées pour faire.
Une problématique exemplaire de la VAE
Monsieur V. est responsable depuis 30 ans de la maintenance d'une chaine logistique d'une grande entreprise pharmaceutique. Il en connait parfaitement le moindre rouage. Hélas, il tombe malade et est hospitalisé. Pendant son absence, le tunnel de rétraction tombe en panne. L'atelier de maintenance est incapable de réparer. Les interventions difficiles sont habituellement confiées à Monsieur V. Une délégation va le voir à l'hôpital. Le malade explique comment s'y prendre, sur quoi il faut porter son attention. Ils repartent contents de ses explications. Sur place, ils ne réussissent toujours pas à réparer. A son retour de l'hôpital, Monsieur V. reprend le travail et sans problème, il conçoit le plan d'action et répare le tunnel...
En l'observant, on constate qu'il s'intéresse particulièrement à tel mouvement, à tel défaut partiel, etc. Toute une série de micro-opérations qu'il n'a pas pu ou pas su expliciter.
Ce qui est vrai pour un technicien est vrai pour un ingénieur. A lire le guide méthodologique sur son savoir expert, ses subalternes constatent qu'il est criblé de lacunes.
Ce que n'ont pas su faire les collègues, visitant monsieur V. à l'hôpital, c'est l'interroger finement. Les questions de l'accompagnateur VAE permettent au candidat de mettre des mots sur des représentations difficiles d'accès.
Ce sont les savoirs dire et écrire qui sont privilégiés dans un parcours VAE (à l'exemple du système éducatif)
Comment distinguer un expert d'un autre professionnel ?
Il existe deux types d'experts.
Celui qui effectue avec succès une tâche, une activité, une mission mieux et plus rapidement que d'autres ayant les mêmes fonctions.
Celui qui effectue avec succès une tâche, une activité ou une mission complexe, problématique ou très inhabituelle.
Questions :
- Que faites-vous de différent par rapport à vos collègues ou confrères ?
- Que faites-vous de façon automatique ?
- Que mobilisez-vous de vos connaissances et comment dans les situations exceptionnelles ?
Le professionnel expert construit au fil du temps des représentations et des modes de traitement spécifiques à son domaine d'activité.
Sa longue pratique a développé en lui une intuition qui lui permet d'anticiper les difficultés et résultats en partant de très fins indicateurs. Il fait ainsi l'économie de temps, car il va de suite à l'essentiel n'hésitant pas à diminuer les informations nécessaires et les étapes des processus de diagnostic et de recherche de solutions.
Il sait relier les situations nouvelles aux situations déjà rencontrées. Cette aisance lui permet de formuler rapidement des hypothèses de repérer les points problématiques, les contraintes et d'anticiper les répercussions.
Il y a souvent des écarts significatifs entre les pratiques prescrites officiellement et les pratiques effectives de l'expert, car il a développé des approches et des interprétations singulières.
Ce n'est donc pas simple pour un candidat expert, d'exprimer par écrit ses pratiques dans le dossier de validation, car il doit reconstruire des schémas que sa longue expérience peut avoir rendu invisible.
Posons le problème :
"Qu'est que le candidat expert fait de différent de ses collègues ? De ce qui est référencé dans le diplôme visé ? "
Comment récolter les connaissances expertes et les verbaliser
dans le dossier de validation ?
Dans la forme, rien ne distingue un dossier de validation d'un candidat visant un Master 2 de celui d'un candidat visant un Bac. Seuls, le maillage des informations descriptives à fournir au jury se resserrre et se précise et les analyses s'approfondissent. Le plan peut rester le même (Voir le schéma ci-dessous).
Les questions génériques posées en pages précédentes restent donc valables. Est générique ce qui repose sur l'organisation structurelle de toutes les expériences humaines.
Nous posons prioritairement des questions descriptives, non inductives et privilégions les "comment" (avant, pendant et après l'action), car il importe d'abord de savoir ce que le candidat fait réellement pour ensuite extraire les objectifs et les connaissances mobilisées à chaque étape de l'action.
Plusieurs méthodes complémentaires sont possibles :
1 - L'expérience peut être décrite et questionnée en partant de l'Organisation ensuite, par un effet de zoom avant, votre unité de travail, vos missions, activités et enfin des tâches les constituant.
Reprenons notre plan de base et complétons-le en ajoutant de fines précisions révélatrices du niveau d'expertise du candidat. Ce sont les micro-opérations qui distinguent l'expert du débutant et interpellent le jury.
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Cette description achevée, vous pouvez interroger chacune des composantes pour faire apparaitre les connaissances pratiques, théoriques, procédurales et relationnelles issus de vos expériences et les informations satellites complémentaires.
Toutes les connaissances du candidat ne méritent pas d'être recensées.
Celles qui sont déjà théorisées et reconnues par une certification sont simplement à noter sans approfondissement poussé.
Par contre, les connaissances produites et organisées de manière pré-réfléchie par le candidat expert au cours de ses expériences sont repérées par l'accompagnateur compétent. Elles doivent être verbalisées et étudiées à fond. Ainsi, aucun domaine d'activité du candidat expert ne doit rester inexploré.
2 - L'expérience peut être décrite et problématisée en suivant la nature de chaque activité (présente et passée) :
Par exemple les phases d'activités cognitives, manuelles et métacognitives (c'est-à-dire relative à l'auto-interrogation du candidat sur les objectifs, sur les moyens à utiliser, sur les résultats à obtenir, sur caractéristiques des personnes...) ou les phases d'étude, de fabrication, de services...
Le candidat à la VAE prendra soin de catégoriser les activités.
- exemple : activités préparatoires, d'analyse, de prise d'information, de définition, d'organisation, relatives aux contrôles et aux évaluations, activités administratives, tests, validation, etc.
Puis il évaluera chaque tâche du processus à chaque étape d'un projet (avant, pendant, après) en fonction de critères fondamentaux qu'il sélectionnera et définira.
Repérage des temps forts :
 
3 - Il nécessaire d'explorer chaque activité et tâche dans le temps : tâches au jour J-10, au jour J, au jour jour+10... (avant, pendant et après les réalisations)
L'emploi peut donc être décrit chronologiquement et dans l'espace.
Nous insistons particulièrement sur les déplacements de l'attention du candidat expert au fil du temps. Nous l'aidons ainsi à se concentrer sur sa propre activité cognitive (Posture réflexive).
Nous focalisons notre questionnement sur l'attention (sensibilisation), puis sur les intentions (appropriation), les études (l'exploration, structuration), la mise en action, l'auto-évaluation et les transferts.
Tests d'entrée, exemple de questions :
- Quel est le facteur déclenchant qui a éveillé votre attention ? Qu'est-ce qui vous étonnait ? Quels sont vos indicateurs ? Comment les interprétez-vous ?
- Qu'avez-vous perçu immédiatement ? Comment ? Comment savez-vous que vos critères sont pertinents ? Comment avez-vous appris ?
- Qu'avez-vous alors recherché volontairement ? Quelles étaient vos intentions ? Quelle décision avez-vous prise ?
- Généralement, quand vous faites attention, à qui, à quoi faites-vous prioritairement attention ? Et ensuite ?
- Comment savez-vous qu'il faut faire attention à ce à quoi vous faites attention ?
- Puis, sur quoi et qui avez-vous attardé, maintenu et focalisé votre attention ? Dans quel but ? Pour vous informer de quoi ? Pour étudier quoi ? Que deviez-vous mémoriser ?
- Qu'avez-vous décelé ? Compris ? Quelle décision avez-vous prise ? Dans quelle intention ?
- Alors, qu'avez-vous décidé d'approfondir ? De contrôler ? D'évaluer ? Dans quelle intention ? Quelles informations avez-vous collectées ? Quelle décision avez-vous prise ?
- Par la suite, votre attention a-t-elle changé d'orientation ? Quand ? A la suite de quoi ? Dans quel but ?
- Quelle représentation aviez-vous du but à atteindre ?
- Quel était le contexte ?
...
A cette étape, vous pouvez rédiger votre dossier de validation en suivant le schéma directeur recensant les étapes d'un projet ou les phases de résolution d'un problème.
(Ref : pédagogie par projet ou par problème)
...
- Quand avez-vous cessé d'être attentif ?
- Comment savez-vous que votre but est atteint ?
- Quelles leçons, tirez-vous de cette expérience ?
- Avez-vous utilisé cette expérience dans d'autres circonstances ?
Décrire l'attention revient à décrire le contenu de l'attention, le mode de raisonnement et les stratégies du candidat expert.
Notez qu'au fur et à mesure du questionnement, les perceptions et les prises de conscience du candidat expert évoluent et sont de plus en plus guidées par la volonté.
Conclusion
L'accompagnateur, ne peut pas connaitre le domaine de compétence de l'expert aussi bien que lui, mais il doit savoir le questionner. Cette remarque peut concerner aussi au jury de validation.
Notre stratégie de questionnement repose sur la connaissance des structures présentes dans toutes les actions humaines. Nous évitons les "pourquoi" et privilégions les "comment" et les questions descriptives. Nous nous appuyons sur les pré-réfléchis du candidat et sur les contenus implicites pour le relancer.
Il est donc inutile de recueillir seulement les résultats obtenus par le candidat. Le principal objectif des entretiens d'accompagnement est de décrire le déroulement de l'action ou toutes les étapes conduisant à l'accomplissement d'une mission, à la résolution d'un problème.
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